
MENNECY
ET SON HISTOIRE
Association régie par
la loi de 1901

Dès sa fondation en 1984, notre association a inscrit le thème « porcelaine » dans son programme de recherches.
En effet, la lecture des divers écrits publiés jusqu’à cette époque, montrait une reconduction systématique des informations tirées des travaux des spécialistes du XIXe siècle. L’un copiait l’autre, sans contrôler les sources ni les affirmations, en apportant même souvent des erreurs d’interprétation qui avaient pour conséquence de rendre certains points incohérents.
Nous avons donc engagé un travail de fond en ne tenant pas compte des écrits précédents et en travaillant uniquement sur des documents d’archives originaux. Cela nous permit alors de rebâtir une histoire de la Manufacture sensiblement nouvelle, particulièrement au niveau des dates, des lieux de son développement et des productions.
Ainsi, Mennecy n’était pas une manufacture secondaire, imitatrice de Chantilly ou de Vincennes, mais réellement une soeur jumelle de ces autres creusets de l’art céramique français du XVIIIe siècle.
La
publication de notre ouvrage, dès 1988, eut donc pour conséquence
d’apporter des éléments nouveaux, tant au niveau
culturel, qu’au niveau du marché de l’art.
Néanmoins, en raison du travail réalisé, nos travaux sont,
et demeurent, une oeuvre originale et leur reproduction, même partielle,
est interdite sans notre autorisation expresse.
L’ORIGINE
Au XVIIe siècle, la Compagnie des Indes fait connaître en Europe les produits d'Extrême-Orient et en particulier les délicates porcelaines de Chine et du Japon. Aussitôt, savants et artistes français cherchent à reproduire les précieux ouvrages, sans parvenir à un résultat satisfaisant. En fait, ils ne connaissent pas l' emploi du kaolin, cette argile blanche qui se prête sans craqueler à de fortes températures et, faute de formule, ils tentent de curieuses recettes à mi-chemin entre la chimie et la cuisine. Il faut attendre le début du XVIIIe siècle pour que les chercheurs parviennent à proposer une nouvelle céramique, plus ou moins blanche, à la cassure cristalline, dont la couverte fragile se raye au couteau : ils viennent d' inventer la porcelaine tendre.
L'arcane est bientôt connu de quelques téméraires, qui se soucient peu de la réglementation et produisent sans autorisation de ravissantes petites pièces, fort prisées de leur clientèle. À Paris, de modestes ateliers se multiplient et en particulier rue de Charonne, où, dès 1720, François Barbin, prodigieux artiste analphabète, connaît la recette de la porcelaine tendre de Saint-Cloud, qu' il a eu l'occasion de fabriquer chez l' un de ses anciens patrons. Bien que ses travaux intéressent le savant Réaumur, le céramiste est obligé de quitter le quartier, suite à une saisie, en 1734, après quatorze années de fabrication. (Ce qui situe le début de la production parisienne de François vers 1720.)
L’IMPLANTATION EN ESSONNE
Afin de pallier l'absence de privilège (comprenons autorisation royale), il faut chercher un protecteur puissant.
C'est ainsi que notre porcelainier trouve, vers 1735, auprès de Louis François-Anne de Neufville, duc et pair de France, accueil et sécurité sur la terre de Villeroy (aujourd'hui’hui en Essonne, sur la commune de Mennecy, ce qui explique l’appellation contemporaine des produits). Il s'installe dans les dépendances du château, à huit lieues de Paris, la marque D,V, pour manufacture de Villeroy assurant la tranquillité de l' entreprise.
En 1748, lorsque les travaux importants de rénovation entraînent la démolition des bâtiments dans lesquels Barbin travaille, ce dernier est contraint de trouver un autre atelier. Il s' installe alors dans le village de Mennecy et l' on parle désormais de la « manufacture de porcelaine de Villeroy établie à Mennecy » (ce qui est, dans les textes, la véritable appellation historique).
À raison d' environ deux cents pièces produites par jour dans les moments les plus prospères, la fabrique ne démérite pas de son appellation de manufacture. On fournit à une clientèle composée de marchands faïenciers et d' artisans, miroitiers ou couteliers. L' entreprise à caractère familial dure jusqu'en 1765, année au cours de laquelle la mort des fondateurs, père et fils, porte des coups fatals à une gestion fragile. Après le décès des dirigeants, la jeune veuve Barbin loue le fonds de commerce à Jacques et Jullien, les entrepreneurs de la manufacture de faïence japonnée de Sceaux.
En 1772, ces derniers associés s'installent à Bourg-la-Reine, tout en conservant l'atelier menneçois jusqu'à la fin du bail, en 1775. Mennecy n’est plus alors qu’un lieu de fabrication en produits bruts qui sont expédiés vers Bourg-la-Reine (des fouilles archéologiques récentes sur ce dernier site ont fait apparaître des tessons marqués D.V.).
Après 1775, la veuve Barbin tente de tenir de nouveau la fabrique avec un associé, mais traduite en justice par ses créanciers, elle est contrainte à la fermeture définitive en 1777. De toute façon, depuis une dizaine d’années, on avait découvert le kaolin près de Limoges : le temps de la porcelaine tendre était révolu.
LES PRODUITS
Les pièces menneçoises présentent une couverte stannifère puis plombifère, décorée de fins motifs aux tons gais. C'est vers 1750 que l' expression orientale et les lambrequins sont abandonnés pour faire place à un style européen, dans lequel les bouquets dominent. On connaît néanmoins des décors de fruits, d’oiseaux (dans l’esprit de Sceaux), de paysages (comme les décors de Marseille). L’or est employé rarement, car strictement interdit, mais surtout cher. Le bouton de fleur ou le fruit, servant à la préhension des couvercles, le trait rose mauve, l'or au bord et au contour des objets, permettent de reconnaître les pièces menneçoises banales, comme les pots à jus ou les pots à pommade.
Au niveau de la statuaire, la difficulté est plus certaine. S'il est vrai que l'on imite Meissen, les personnages ou animaux sont au début beaucoup moins gracieux que ceux de la grande manufacture de Saxe. En revanche, les groupes en biscuit, fabriqués après 1760, atteignent un niveau dont l'entreprise peut s'enorgueillir. La vaisselle de table reste limitée aux petites pièces, avec une dominante : les différentes sortes de pots, à lait, à jus, à eau. Le décor des assiettes s'inspire souvent de celui des faïences de Marseille. Les manches de couteaux et de cuillers semblent avoir été fabriqués de l735 à 1765, les assiettes n'apparaissant qu'après 1755. Les inventaires nous révèlent une production importante de fleurs à monter sur tige jusqu'en 1765.
S'il fallait décerner un prix à l' objet le plus fabriqué et le plus varié en forme ou décor, il faudrait penser aux tabatières. Elles sont carrées, rondes, ovales, en forme de jambes, de fruits, de barils, de baignoires, de navettes. Unies, en relief, en couleurs, en bouquets, montées sur or ou argent, elles portent parfois de petites scènes peintes au cartel ou à l' intérieur du couvercle.
LA MARQUE
Les produits sortis de la manufacture menneçoise posent peu de problèmes d'authentification. Au cours des premières années, on utilise la marque D,V, peinte. Puis, à partir de 1750, elle est gravée dans la pâte. Les lettres qui accompagnent quelquefois les majuscules D et V sont le plus souvent des minuscules (g, f, d, p... ) ou des chiffres, qui semblent correspondre à des repères de fabrication.
LES OUVRIERS
En fait, les artistes de la manufacture de Mennecy n'ont pas éprouvé le besoin de se signaler car les objets étaient destinés à l' usage courant. Seuls certains groupes signés MO, nous désignent le ciseau d’une famille de sculpteurs, originaires de Chantilly; Fanguin et Sonnère viennent de Marseille, Haroux de Lunéville, Pidoux de Meillonnas, etc. D’autres partiront fonder de nouvelles entreprises en France ou à l’étranger. Certains feront même des allers-retours qui compliquent un peu leur suivi.
Ces mouvements sont courants à l’époque, et le déplacement des artistes permet aux manufactures de produire des modèles ou décors similaires, tout en gardant toutefois leurs fonds propres, à savoir les quantités de produits entrant dans la composition des pâtes, les détails voulus par l’entrepreneur ou la clientèle, les couleurs dues aux réactions chimiques et nature des fours..
L’ouvrier de la manufacture est correctement payé pour l’époque (lorsque l’on n'est pas en période de faillite). Sa femme et ses enfants travaillent souvent également dans l’entreprise. Certains se marient avec des menneçoises, ce qui, peu à peu, transforme la collectivité locale, qui, d’agricole, bascule dans ce qui préfigure « l’industrialisation » du XIXe siècle.
LA RECONNAISSANCE CULTURELLE
Au cours du XIXe siècle, lorsque la porcelaine dure est fabriquée de façon intensive, on commence à s'intéresser à ces anciennes productions, véritables oeuvres d' art assez étonnantes, qui sont alors recherchées. C'est ainsi que l'on trouve aujourd'hui des pièces de Mennecy, en bonne place, non seulement dans tous les grands musées de céramique du monde, mais aussi dans les plus importantes collections privées.
En 2001, par arrêté n° OM/01-91/N°25, de Madame la Ministre
de la Culture, la collection communale de la ville de Mennecy a été classée
au titre de Monument Historique.
Nicole Duchon
Présidente de l' association Mennecy et son histoire.
Lire à ce sujet :
DUCHON N. « La manufacture de porcelaine de Mennecy Villeroy », éditions Amatteis, 1988.
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VOIR AUSSI : «AUTOUR D'UNE PORCELAINE TENDRE »
ET L'ENTRÉE DE CETTE PORCELAINE AU CONSEIL GÉNÉRAL DE L'ESSONNE
La porcelaine de Mennecy Villeroy
Son histoire